L´enfance volée

January 15th, 2007

Les premières victimes des nombreux conflits armés qui s´étendent sur la planète sont les enfants : ils sont blessés, ils souffrent de la perte de famille, de la destruction de leurs maisons, ils sont plus vulnérables aux maladies, ils sont privés de leur droit à l´éducation et même, très souvent, ils sont utilisés comme soldats. On estime qu´ils sont environ 300.000 dans tout le monde : ils sont bon marché, obéissants, ils servent d´espions, de messagers, de cuisiniers, de porteurs, on les droguent avec des substances de toute nature pour lutter férocement en première ligne , ils sont également des survivants ou des esclaves sexuels….. ils sont même obligés à commettre des atrocités et des abus envers leur propre famille et contre leur propre communauté.

L´Afrique et l´Asie sont les continents où la situation de ces enfants soldats est beaucoup plus critique, mais on abuse également d´eux en Amérique, en Europe et au Moyen Orient entre autres. La plupart sont recrutés de force, séquestrés dans la rue, à l´école ou dans des camps de réfugiés, d´autres s´engagent comme conséquence de la guerre ou de la marginalisation.

Un des principaux problèmes provoqué par cette situation est leur difficile réinsertion et leur intégration sociale une fois qu´ ils abandonnent l´armée : insensibilisés, profondément traumatisés, dans le cas des petites filles, hors mis la brutalité et les traumatismes dérivés des viols en soi, elles peuvent souffrir de blessures physiques graves, de grossesses forcées, de contagion de sida et d´autres maladies de transmission sexuelle.

Une question clé pour comprendre un peu le fond de la situation de ces enfants est directement en relation avec le commerce et le trafic d´armes. La facilité pour avoir ce genre d´armes et leur simple manipulation (même un enfant pourrait les utiliser!- et peut-être même spécialement prévues pour eux…) font qu´ils deviennent sans trop de difficultés d´excellents combattants.

Un exemple : le Kalashnikov, connu comme « la machine préférée pour tuer », lance 600 balles par minute et on en dit qu´il sera l´arme la plus employée dans les conflits de vingt prochaines années puisqu´il semble bien difficile de contrôler sa production et sa vente - avec l´arrivée de la globalisation, ses différentes pièces sont fabriquées dans au moins quatorze pays, parmi lesquels l´Allemagne, la Chine, la Corée du Nord, l´Egypte, l´Irak, la Pologne et la Russie. Et parmi les pays exportateurs se trouvent la Russie, les Etats-Unis, l´Italie, l´Allemagne, le Brésil et la Chine.

Le 26 octobre 2006, la majorité des gouvernements de la planète représentés aux Nations Unies ont approuvé le « Traité global sur le commerce d´armes », avec l´évidente intention de mettre ainsi les bases d´un édifice légal qui empêcherait les transactions internationales d´armes, celles qui alimentent les conflits, propagent la pauvreté et causent de graves violation des droits de l´homme. En votation , 139 pays ont votés pour, et seulement les Etats-Unis contre.

Il est évident que ce Traité suppose une lueur d´espoir pour mettre fin à la dramatique situation que vivent ces enfants soldats; mais ce n´est qu´un premier pas – toutefois important- puisque les autres misères qui ravagent leurs vies sont la faim, les maladies, le taux de mortalité, l´absence de scolarisation, les travaux qu´ils doivent réaliser pour aider leurs familles… Voilà les fils qui tissent leurs vies quotidiennes, des vies auxquelles on a arraché d´un trait le droit – un droit qui devrait être sacré- de profiter d´une période vitale et formative indispensable dans la trajectoire de tout être humain : l´enfance.

Maria Sanjuán.

Traduction faite par Margarita Chamorro.

[version espagnole]

LE JARDIN DE L´ÉDEN

November 28th, 2006
jardin

Dans la plupart des villes et des villages, il existe des espaces verts – des parcs et des jardins- que l´initiative municipale protège et améliore. Sous notre démarche accélérée imposée par notre rythme quotidien, nous les traversons rapidement, parfois avec peur, sans nous arrêter un moment pour observer. Il nous coûte de fixer notre attention au-delà de ce qui immédiatement nous entoure. Mais c´est là-bas entre des arbres centenaires à la souche reconnue , des fontaines mélodieuses, des fragiles colombes et des parents qui s´acharnent à occuper la jeunesse de leurs enfants que nous découvrons, égarés et oubliés, les nouveaux habitants du Jardin.

Sans les privilèges des oiseaux migrants qui tels des citoyens du monde volent libres et peuvent traverser les océans jusqu´à atteindre une terre qui leur permet de compléter leur cycle vital, nos immigrants, parce qu´ils sont à nous qu´on le veuille ou non, sont arrivés jusqu´ici – du moins un bon nombre d´entre eux - après l´insupportable attente qui les a conduits à risquer leur vie, dans une tentative suicidaire pour surpasser la terrible épreuve que la politique corrompue de leurs pays d´origine ainsi que les obstacles bureaucratiques imposées par ceux qui ne savent pas trop quoi faire d´eux, nous leur avons imposé.

Après être arrivés en vie et avoir échappé aux éventuels contrôles de ceux qui controlent l´entrée ils s´obstinent à conquérir l´Eden, ce paradis duquel ils ont tant entendu parler mais qu´ils n´ont jamais vu. Là, les fontaines sont des sources d´or et les étangs se couvrent d´un épais manteau d´argent glacial. Et même si la tâche est rude, leur propre vie et celle des leurs qui attendent avec inquiétude et anxiété de l´autre côté, dépendent de leur effort .

Malgré la lutte touchante et quotidienne pour mériter le paradis, celui-ci refuse de bénir avec ses biens ceux qui sont considérés comme de simples intrus , sans autre droit que celui de ramasser la manne qui tombe négligemment des poches bien remplies de tous ceux qui nous considérons leur légitimes héritiers, nous qui avons meublé notre propre paradis en dépouillant celui des autres.

Fatigués et brisés, mais conservant encore l´illusion de ceux qui n´attendent plus rien, nous trouvons ces guerriers de l´impossible dans la partie la plus sombre de nos jardins, dans le coin le plus inaccessible, là où notre regard inquisiteur ne peut pas les blesser.
Ils ne confient leur terrible secret qu´à ceux qui franchissant sans peur de hasardeux détours se sont approchés à ce morceau de paradis qu´on leur a permis d´occuper et où ils sont les maîtres. « Les gens savoir rien……. Maintenant, toi tout savoir ! » dit le plus osé tandis que son regard transparent et suppliant vous traverse le cœur.

On leur dit au revoir, on marche en leur tournant le dos, avec la démarche lente de celui qui veut fuir sans se faire remarquer. Impuissant, mais désormais chez soi, on se laisse aller par l´indolence que le bien-être de notre société offre, on pense que tout a été un rêve, un mauvais rêve, qu´on n´a jamais visité ce coin oublié du Jardin.

Et pourtant, les plus pauvres parmi les pauvres, les immigrants sans papiers, sans argent, sans famille, sans amis, avec le ciel comme unique toit protecteur restent en marge de nos vies et lointains de notre solidarité de «salon».

Benito Vaquero
Traduction faite par Margarita Chamorro

[version espagnole]